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INVENTAIRE GENERAL DU PATRIMOINE CULTUREL
 Une compétence de la Région

 Créé en 1964 et implanté dans chaque région, l’Inventaire général du patrimoine culturel a pour mission de recenser, d’étudier et de faire connaître le patrimoine de la France. La loi du 13 août 2004 a transféré cette compétence aux Régions.

 

Le patrimoine constitue un enjeu important de revitalisation des territoires, tant pour rendre attractif le cadre de vie que pour retenir les visiteurs de passage. L’Inventaire permet d’en dresser l’état des lieux, et de concevoir, en liaison avec le tourisme, des outils de connaissance et de mise en valeur. 

 
Les enquêtes de l’Inventaire confrontent les apports du terrain aux informations fournies par les archives et la documentation ; elles permettent aussi de comparer les objets et les édifices entre eux, et ainsi de dégager, selon les cas, leurs caractéristiques communes ou leur plus ou moins grande originalité. Ces enquêtes sont menées soit directement par les agents du service sur le territoire des départements des Ardennes, de l’Aube, la Marne et de la Haute-Marne, mais aussi par des prestataires extérieurs ou des associations qualifiées dans le domaine du patrimoine. Divers autres partenaires peuvent également contribuer, à la suite d’une convention passée avec le service, à l’enrichissement des notices.

 

L’Inventaire Grand Est – site de Châlons-en-Champagne s’est principalement investi dans deux grandes enquêtes thématiques qui constituent une ressource principale de ce site : le recensement du patrimoine industriel et l’inventaire du patrimoine religieux (architecture et mobilier), dont les notices sont progressivement versées sur le site.

 

Ce patrimoine, qui constitue le cadre de vie familier des habitants de la région, l’Inventaire a pour mission d’en pointer la valeur historique et artistique, par-delà la valeur d’usage qu’il a souvent perdue. Par ses enquêtes et ses publications, l’Inventaire participe à la fois à la réappropriation du passé et à la définition de politiques de sauvegarde et de mise en valeur. 
L’Inventaire s’adresse aussi bien aux étudiants, universitaires ou simples passionnés par le patrimoine, qu’aux élus, et, plus généralement, à ceux qui ont en charge la gestion du patrimoine.

 

A LA UNE !

Publications 2016

        

 Edition : Lieux-dits

Lumière sur

Maison 18, rue des Royaux, dite Maison Valdruche

Travaux de recherche historique réalisés dans le cadre d'une demande d'inscription au titre des Monuments historiques.

Historique :

18e siècle :

La maison située 18 rue des Royaux à Joinville a été reconstruite vraisemblablement dans la seconde moitié du 18e siècle. Le plan Contenot de 1750 nous présente en effet un bâtiment différent avec en fond de cour un bâtiment couvert d’un toit en croupe avec, au centre, un petit clocheton. Deux petites ailes latérales réunissent l’aile principale à la rue avec des toitures en appentis. Deux petits pavillons d’entrée y sont accolés et le mur sur la rue est percé d’un portail couvert d’un arc cintré. Le bâtiment est construit sur une parcelle qui, à l’arrière, touche celle de l’auditoire et des prisons. La nouvelle construction adopte le même plan en U avec, pour les trois ailes une toiture à un seul versant. Les façades arrière sont traitées comme de simples murs d’appui. Cette disposition, liée à l’étroitesse de la parcelle, permet un jeu d’illusion : en effet pour quiconque pénètre dans la cour cette disposition est invisible et laisse penser que l’on découvre un bel hôtel particulier, double en profondeur avec jardin à l’arrière. La distribution sans couloir, l’unique pièce en profondeur, dispositions archaïques en 1760, sont dictées par la parcelle et peut-être recopiées sur le bâtiment précédent dont les fondations ont pu être réutilisées. On remarque que le type de construction employé pour l’aile sud (moellon enduit) est beaucoup plus frustre que la pierre de taille utilisée pour l’ensemble de la surface des deux autres ailes. Le mur de refend à l’intérieur n’est pas à l’alignement du mur de façade de l’aile centrale, et la façade n’est pas exactement dans l’alignement perpendiculaire. On peut supposer que l’aile des cuisines a été reconstruite dans un premier temps, selon un type de construction très courant à Joinville et dans toute la Haute-Marne (moellons, enduits, baies rectangulaires) et qu’elle peut correspondre au bâtiment visible sur le plan de 1750. Les deux autres ailes ont été reconstruites d’une façon nettement plus soignée. L’entrée principale se faisait par la porte de l’aile nord. De là on peut se diriger soit dans les pièces de réception de l’aile de fond de cour, soit dans les pièces d’habitation de l’aile nord. Le projet prévoyait-il d’aménager les pièces de l’étage ? Ce n’est pas certain ; ce type d’étage attique servant de grenier existe dans d’autres maisons de Joinville. On le trouve aussi dans les anciennes maisons à pans de bois de Châlons. Il existe à Joinville une maison très comparable, située 21 rue de la Côte du Château. Les ancres des tirants indiquent la date 1707. Il s’agit d’ailleurs d’un type de façade assez courant dès la deuxième moitié du 17e siècle. Les façades du collège des Jésuites de Sedan (1685) sont composées de la même manière [À Paris, Hôtel de Saint-Fargeau, 29 rue de Sévigné, construit en 1688-1692, hôtel de Chaulnes, par Hardouin-Mansart en 1676, hôtel Salé en 1656, à Troyes la façade sur jardin de l’abbaye Saint-Loup (1669-1754). Certaines modifications du collège Gilles de Trêves de Bar-le-Duc, réalisées au 19e siècle (1834) utilisent encore ce type d’élévation]. On peut penser que la maison a été reconstruite entre 1747 et 1768 par Arnould Valdruche de Bonneval, docteur en médecine et sa femme Marie Collot [Un plan d’alignement du 18e (non daté et conservé aux AD 52) indique bien le nom Valdruche pour la parcelle]. Arnould Valdruche épouse Marie Collot, fille d’un maître de forge, le 23 septembre 1743 [Ces indications ont été données par M. de Montrémy descendant de la famille, propriétaire du château de Nomécourt]. Maire Collot hérite de la maison en 1757 (elle appartenait à sa grand-mère). On peut penser que les deux époux font alors reconstruire la maison[5]. Arnould Valdruche de Bonneval décède à Joinville, le 19 avril 1766, âgé de 53 ans, 5 mois et 4 jours. La maison est vendue par sa veuve et ses deux beaux frères, le chanoine François Louis Valdruche de Brossard (né le 18 octobre 1710) et Joseph François Valdruche médecin, le 14 juin 1768 (Maître Dosne) à François André Boucher de Gironcourt (écuyer, ancien cadet du roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar) et sa femme Marie Ursule Julie Simon de Bémont. Ils se sont mariés, tous les deux étant encore mineurs, le 17 février 1767 à Joinville. Le père de la jeune fille, Claude Simon de Bémont, est conseiller du roi et procureur général fiscal du baillage et gruerie de Joinville, receveur du duc d’Orléans, seigneur de Rupt.

19e et 20e siècles :

Marie Ursule, après le décès de son premier mari, se remarie avec Antoine Petitjean. Elle hérite de son premier époux la maison de Joinville (sa fille Julie Boucher de Gironcourt étant décédée) et la vend (elle réside alors à Vitry-le-François) le 2 juin 1822 à sa sœur et son beau-frère (M. et Mme Simon Blémont) contre une rente viagère. Elle meurt le 19 décembre 1824. Louis Antoine Boilletot de Bémont et sa femme acquièrent la maison le 15 octobre 1834 (ils habitent à Mirecourt) ; ils la revendent le 10 août 1838 à Jean-Baptiste Pionnier, banquier demeurant à Chaumont (pour 2/3) et Pierre Jacques Nicolas François Rolland (pour 1/3), banquier lui aussi demeurant à Cirey-sur-Blaise. Leur représentant lors de l’achat est Jules Louis Harmand, percepteur à Joinville. Cet achat est soumis à la condition (acte du 18 août suivant) de rebâtir l’aile nord du bâtiment qui est endommagée par l’écroulement de la maison de la petite parcelle voisine qui est ajoutée à la propriété (c’est cet état que présente la cadastre ancien). A la mort des deux banquiers, les deux familles vendent la maison à Jules Louis Harmand, percepteur des contributions directes, les deux tiers Pionnier le 26 avril 1849 (l’héritier est M. Sallès neveu de Jean-Baptiste Pionnier) et le tiers restant de la famille Rolland, le 28 juin 1849.

Le bâtiment reste dans la famille Harmand pendant tout le reste du siècle. D’abord à la veuve de Jules Harmand, puis à Alphonse Harmand habitant à Joinville (1889) puis à Jacques Paul Harmand qui réside à Nancy. Il le vend à Apollinaire Bonnette qui réside sur place, puis sa veuve vend la maison en 1944 à L’Union Langroise. Celle-ci la vend en 1973 à Claude Laurent à Nancy qui le donne en 1990 à ses héritiers ; ceux-ci le mettent en vente après le décès de Claude Laurent en 2006 et la commune fait jouer son droit de préemption pour l’acquérir le 24 mai 2011.

Les modifications apportées pendant le 19e siècle sont les suivantes :

L’aile nord est agrandie (et même doublée en profondeur) en 1838. La façade sur rue, entièrement reconstruite et offre, en effet, des ouvertures qui témoignent nettement de cette modification. L’intérieur a été entièrement modifié à cette occasion, aucune cheminée du 18e, ni aucun lambris anciens ne sont visibles dans cette partie. L’escalier en fonte est sans doute plus tardif (vers 1860). La façade sur cour semble avoir été conservée. Le pavillon d’entrée nord est construit à cette période (il ne figure pas sur le plan cadastral ancien).

Dans l’aile centrale d’autres modifications sont visibles : une porte a remplacé une fenêtre au centre de la façade ; elle est signalée dans l’acte d’achat de 1849 mais peut dater des années 1820, les huisseries des fenêtres ont été changées et réduites en hauteur, sans doute pour laisser la possibilité de créer à l’intérieur de faux plafonds en plâtre. Les dessus de portes de la salle à manger datent aussi du 19e siècle ainsi que la cheminée.

Au 20e siècle, le bâtiment connaît une reprise des couvertures en tuile béton et rénovation de certaines parties du 18e siècle, la recréation du parquet dans la salle principale et des lambris dans la pièce 2, ainsi que des huisseries du grenier.

Description :

L’immeuble est situé dans la partie la plus ancienne de la ville, au pied du château et au nord de l’église, juste derrière le gros bâtiment de l’auditoire de justice et de la prison. Le bâtiment est construit en pierre de Meuse ou pierre de Chevillon, pierre de taille de calcaire dur et de couleur claire, très utilisée dans toutes les constructions de la Haute-Marne, pour les façades sur cour des ailes est et nord. Les autres façades sont en moellon. Les couvertures sont aujourd’hui en tuile mécanique béton.

La ville de Joinville est construite sur un terrain en dénivelée vers la Marne. Pour cette raison la rue des Royaux est plus haute que la rue de l’Auditoire. La hauteur du dénivelé correspond à la cave qui est sous l’aile nord.

Le bâtiment est composé de trois ailes disposées autour d’une cour d’entrée. Le mur sur la rue est percé d’une porte centrale, avec deux vantaux en bois et deux piliers latéraux à bossage en table couronnés chacun d’un pot à feux en pierre sculptée. La sculpture très nette des pots à feux et de leur socle laisse à penser qu’ils sont plus récents que le 18e siècle.

AILE EST :

L’aile de fond de cour (aile est) s’élève sur deux niveaux et aligne sept travées régulières distribuées symétriquement autour de la travée centrale comportant la porte d’entrée. Deux assises de pierres un peu plus hautes et légèrement en saillie servent de soubassement. Les baies sont toutes semblables : rectangulaires avec un encadrement en profil de bandeau légèrement en saillie. Au rez-de-chaussée, elles sont très rapprochées et ne laissent pas un espace suffisant pour rabattre des persiennes. Les baies de l’étage, rigoureusement sur les mêmes axes que celle du rez-de-chaussée, sont plus petites mais avec le même type d’encadrement. Un cordon en bandeau semblable à l’encadrement des baies court à l’appui des baies. Par rapport à l’ensemble de la façade, l’entrée paraît mal proportionnée. Elle semble coincée entre les deux fenêtres voisines, et un peu plus basse. On a l’impression qu’on l’a installée là où n’existait qu’une fenêtre [À l’intendance de Châlons, l’entrée se faisait uniquement sur le côté. La façade en fond de cour n’était pourvue que de fenêtres. La porte n’a été créée que par la suite en supprimant une allège]. Dans ce cas l’entrée véritable est celle de l’aile nord dont le style est d’ailleurs plus conforme à la date de construction du bâtiment (milieu 18e siècle). La porte centrale est flanquée de deux petits pilastres ioniques et surmontée d’un fronton cintré interrompu. Au milieu un cadre de forme cintré en pierre devait entourer une inscription ou un décor aujourd’hui disparus. On remarque aussi que les huisseries ne correspondent pas en partie haute à la dimension exacte de la baie. Cela ne peut s’expliquer que par l’installation d’un faux plafond en plâtre qui n’était pas prévue au départ (on prévoyait la pièce couverte d’un plafond à la française, simplement peint en blanc pour s’harmoniser avec les lambris). Le plafond plâtre et sa liaison avec les murs latéraux nécessitait l’utilisation d’une petite partie de la hauteur des baies. Toutes ces modifications ont dû avoir lieu dans la première moitié du 19e siècle.

L’intérieur de cette aile comporte au rez-de-chaussée trois grandes pièces de réception placées en enfilade et distribuées par les portes toutes placées les unes en face des autres sur le côté cour.

Pièce 1 : salon avec une porte sur la cour encadrée de deux fenêtres, deux portes latérales vers les pièces contiguës, côté des fenêtres. La pièce a gardé en grande partie son aménagement d’origine avec sur le mur Est une grande cheminée Louis XV en marbre gris (en partie refermée) surmontée d’une glace en deux parties ; autour sont des lambris de hauteur peints en rose pâle, assez sobres : un lambris d’appui à panneaux rectangulaires court sur l’ensemble de la pièce. Par contre en partie haute des lambris en pilastre étroit, avec un petit décor ondulé en partie haute, sur deux registres, encadrent de larges surfaces rectangulaires sans doute destinées à l’origine à être couverte d’un tissu décoré (toile de Jouy par exemple). Un tel ensemble peut dater des années 1750-1770. Les vantaux des portes latérales ont aussi un décor de moulures en courbe, assez sobre. Deux dessus de portes peints sur toile sont placées au dessus : au nord un paysage de rivière avec des personnages habillés en costume 18e, au sud un paysage avec un grand pont à deux arches cintrées, quelques animaux (un chien traversant le pont) et quelques personnages masculins. Le plafond a, an centre, un décor en plâtre avec une bordure en motif de guirlande florale [Le même type de lambris est visible au château de Boulot (Haute-Saône), ils sont datés du troisième quart du 18e siècle (cf.

Lambris, Centre de recherche sur les monuments historiques vol C3 relevés 1966).]. Le parquet à panneaux Aremberg a été posé en 1980-1990 mais ne dépare pas la pièce, au contraire. Les huisseries des fenêtres ne sont pas antérieures au 19e, tout comme la porte d’entrée. En 1822 la pièce est indiquée comme salon de compagnie.

Pièce 2 : deux fenêtres sur la cour, deux portes latérales sur les pièces contiguës. La pièce possède sur le mur nord une cheminée Louis XV en marbre gris moucheté blanc, le reste du décor est refait et sans intérêt. Sur la porte côté sud un ancien linteau de bois sur lequel sont sculptées des armoiries dont celles de la famille d’Alichamps (vitraux de la chapelle Ste Anne). Parquet en planche récent. Cette pièce est décrite dans l’acte de 1822 comme une chambre à coucher

Pièce 3 : deux fenêtres sur la cour ; Deux portes latérales donnant sur les pièces contiguës dans l’axe de celle des deux autres pièces. La pièce est nommée salle à manger dans l’acte de 1822. Sur le mur du fond les lambris de hauteur incluent un grand buffet à deux corps accompagné sur les côtés de petits placards en partie basse. L’ensemble peut dater du 18e siècle. Sur le mur ouest, entre les fenêtres on trouve des lambris de hauteur. Sur les deux murs latéraux les lambris de hauteur sont largement ajourés en partie haute sans doute pour recevoir un décor de toile. La cheminée sur le mur sud est en marbre noir et date du 19e siècle. Son style est extrêmement banal. Le trumeau est aussi récent et sans intérêt. En dessus de porte deux toiles représentant des trophées de chasse avec des animaux morts (faisans au sud, poissons et anguille au nord, fin 19e, en lien avec ce que l’on peut trouver dans son assiette). Le parquet est en planches.

Pièce 4 : grande pièce nue avec escalier de bois à deux volées droites permettant l’accès à l’étage supérieur qui n’est en fait qu’un étage d’attique contenant un grenier. La pièce permet aussi l’accès à l’aile des cuisines (aile sud sur cour). Elle est décrite en 1822 comme un office.

Pièce 14 : grenier couvrant l’ensemble de l’aile. Sur le mur est, on remarque une nette diminution de l’épaisseur du mur à partir d’une certaine hauteur. Peut-être s’agit-il du mur de l’ancien bâtiment, réutilisé et rehaussé pour installer la toiture en appentis. 5 fermes se succèdent. Les grosses pièces peuvent dater de la reconstruction de la deuxième moitié du 18e siècle.

AILE SUD

L'aile sud est une aile de communs dont la pièce unique au rez-de-chaussée est la cuisine (pièce 5). L’étage est un grenier. Sur la cour les percements sont irréguliers (11, 17). Contre l’aile centrale est placée la porte d’entrée avec une imposte, le vantail n’est pas celui destiné à cette porte, c’est une récupération, les huisseries de l’imposte sont par contre du 18e et sans doute les seules vraiment anciennes de l’immeuble ; la porte ne donne pas directement dans la cuisine mais dans la pièce 4 située à l’extrémité de l’aile centrale ; le mur de refend n’est donc pas à l’alignement du mur de l’aile principale ; ce qui laisse à penser que cette partie a été reconstruite peut-être antérieurement au reste du bâtiment, la partie de mur correspondant à la porte n’est d’ailleurs pas exactement dans le même axe que le reste de la façade. Deux fenêtres rectangulaires largement espacées éclairent la pièce auxquelles correspondent à l’étage deux petites fenêtres de grenier. Contrairement à la façade principale, ici pas de bandeau saillant autour des baies, des murs en simple moellon enduit. Des ouvertures rebouchées sont nettement visibles sur la façade sur rue, une porte centrale avec deux petites fenêtres latérales, une disposition qui fait penser à l’ouverture d’une simple boutique.

A l’intérieur est conservée contre le mur sud la grosse cheminée de la cuisine qui peut bien dater du 18e siècle avec une taque de cheminée différente de celle de la pièce 1. Elle représente un lion lampassé et armé à senestre et à dextre deux épées entrecroisées. Le tout sommé d’un heaume emplumé (17e ?) [Ces armes sont sans doute celles de la famille Le Clerc. Cette famille a pour membre important Antoine Le Clerc qui fut bailli et maire perpétuel de Joinville au 17e siècle. « d’azur, à un lion d’or armé et lampassé de gueules, senestré de deux épées d’argent à gardes et poignées d’or, passées en sautoir les pointes en bas, et accompagné de deux étoiles d’or, l’une en chef, l’autre en pointe » (Palasi n°626). L’étoile en chef n’est plus visible]. Dallage en pierre ancien et plafond avec poutre et solives. Une petite porte permet d’accéder au tout petit pavillon d’entrée sur la cour, pièce 6. De là on peut descendre à la cave située sous l’aile (non vue).

L’aile est couverte (comme l’aile centrale) d’une toiture en appentis.

AILE NORD :

Extérieurement l’aile reprend sur sa façade sud les dispositions de l’aile de fond de cour. Elle est en pierre de taille, ajourée de trois travées avec, au rez-de-chaussée, deux grandes fenêtres et la porte d’entrée (travée la plus proche du corps central) et à l’étage trois petites baies sur le même axe. La porte d’entrée du 18e est une porte rectangulaire. L’encadrement en pierre est formé d’un ébrasement extérieur concave délimité sur chaque chambranle par un pilastre décoré à la partie supérieure par un modillon de style rocaille supportant une corniche. Des bossages en table ont été incisés dans l’ébrasement, comme simple décor. Le larmier qui surmonte la porte est soutenu par deux modillons à décor rocaille. Ceux-ci sont très proches de ceux que l’on peut voir sur la maison voisine (9 rue des Royaux) qui appartient aussi à un Valdruche et figure sur le plan de 1750. On remarquera que sur cette porte du 9, les pilastres ont aussi un décor à bossage qui ne correspond pas aux limites des assises de pierres. Ainsi donc le bossage n'est pas nécessairement en correspondance avec les assises comme cela est souvent le cas. Le portail de la maison 18 rue des Royaux est peut-être dès le 18e siècle comme nous le voyons aujourd’hui. Les vantaux sont du 19e mais la serrurerie visible à l’intérieur est du 18e siècle. Contre la façade sur cour s’appuie le petit pavillon d’entrée lui aussi ajouté au 19e siècle, il ne figure pas sur le cadastre ancien. Il comprend deux niveaux. Une large porte sur la façade sud surmontée d’une fenêtre. La chaîne d’angle est saillante, et marquée par un bossage en table. Une forte corniche couronne les trois façades. La couverture est une toiture en pavillon, à la Mansart.

La façade sur rue (façade ouest) se compose de quatre travées. Trois sont semblables : en bas, une grande baie rectangulaire au chambranle décoré de deux faces surmontées d’un petit larmier ; en haut une baie plus petite avec le même type de chambranle et à l’appui un cordon continue assez saillant formé d’un bandeau posé sur un talon droit.

La travée la plus au nord est différente : au rez-de-chaussée une porte d’entrée rectangulaire sans aucun décor, au-dessus une petite baie, elle aussi sans décor. A l’étage par contre la travée est semblable aux trois autres. La corniche est semblable pour les deux façades (sud et ouest).

La façade Est n’est pas faite pour être vue, elle est uniquement en moellon avec quelques ouvertures sans régularité. Elle donne accès à une petite cour arrière plus basse que la cour d’entrée du bâtiment. Il y a en effet une nette dénivellation entre les deux rues (rue des Royaux et rue de l’Auditoire, un niveau de bâtiment plus basse).

La toiture est une toiture en pavillon, très peu inclinée.

Intérieur de l’aile nord :

Pièce 8 : pièce éclairée par une baie au sud, servant de vestibule d’entrée avec escalier suspendu du milieu du XIXe siècle. Le parquet est un simple parquet à l’anglaise disposé parallèlement aux fenêtre. Les huisseries datent du 20e siècle (1980-90).

Pièce 9 : salle de bain, WC, moderne. Un élément de taque 16e est conservé dans le contre-cœur de la cheminée d’angle représentant un personnage nu avec un arc, sans doute un amour, avec la date 1586 qui pourrait renvoyer à la construction de la maison antérieure.

Pièce 11 : chambre, 1 fenêtre à l’est, une cheminée de marbre gris/blanc fin 19e ou début 20e siècle. Trumeau en bois Henri II posé sur la tablette masquant en partie le trumeau d’origine à décor de pilastres en plâtre avec chapiteaux corinthiens.

Pièce 12 : chambre sans intérêt

Pièce 10 : grande chambre bureau. Deux baies donnant sur la rue. Parquet à l’anglaise perpendiculaire aux baies sur rue. Porte du 18e siècle réutilisée et donnant accès au pavillon d’entrée.

Pièce 7 : intérieur du petit pavillon, transformé en cuisine, aménagement fin 20e. Au rez-de-chaussée accès à la cave située sous l’aile nord.

Pièce 13 : remise au rez-de-chaussée sur toute la longueur de l’aile. Un escalier permet de descendre dans la cour à l’est de l’aile.

Il existe sous cette aile deux caves, l’une plus large et couverture d’une voûte en berceau en anse de panier. Elle est la plus au sud, on y accède à la fois par une porte à l’est et par un escalier donnant au rez-de-chaussée du pavillon d’entrée. Une autre cave plus étroite et de même longueur lui est parallèle, côté nord. Une porte à l’ouest permet la communication entre les deux caves. La deuxième n’a pas de communication directe avec l’extérieur.

À l’étage : Seule cette aile est aménagée à l’étage.

Pièce 16 : palier desservant deux chambres ; deux baies sud.

Pièce 19 : chambre avec cheminée en marbre gris 19e et trumeau avec décor de pilastre en plâtre (contre le mur nord), une baie à l’est.

Pièce 17 : cuisine moderne, une baie à l’ouest sur la rue, une autre sur la cour.

Pièce 18 : chambre, deux baie sur la rue, cheminée en marbre noir 19e entre les deux baies.

Pièce 20 : chambre au-dessus de la remise. Une baie sur la rue.

Pièce 21 : petite pièce avec une petite baie à l’est.

Pièce 22 : petite pièce qui sert pour loger l’escalier menant aux combles.

Pièce 23 : la dernière pièce qui est au-dessus de la remise est un simple grenier sans accès à partir des pièces du premier étage mais uniquement par un escalier en bois placé dans la remise.

La couverture est une couverture en pavillon assez plate en tuile béton teinté rose-rouge deuxième moitié 20e en bon état.

La visite de l’intérieur de cette aile confirme l’importance des modifications du 19e qui ont fait entièrement disparaître la distribution et le décor du 18e.

Jean Fusier, documentaliste (2014)

plan rez-de-chaussée

plan de l’étage

Annexes :

Extrait de la vente du 2 juin

1822 à Marie Claude Simon-Bémont et Ursule Geny son épouse à Rupt :

Une maison située à Joinville en la rue des Royaux

composée d’une cuisine, bûcherie, office, salle à manger, salon de compagnie,

trois chambres à coucher, antichambre et cinq cabinets le tout en

rez-de-chaussée, grenier dessus et cave dessous, cour sur le devant servant

d’entrée, grange écurie et hailler donnant sur la rue de l’auditoire, boiserie

placards et glaces dépendant de ladite maison et qui se trouvent dans les

diverses chambres et cabinets tenant le tout au midi le sieur Colson, au nord

le sieur Lapique au couchant la rue des Royaux au levant les prisons et la rue

de l’auditoire ( …)

Cette maison appartient à ladite Dame Marie Julie Louise

Ursule Simon-Bémont veuve Petijean, vendrese, étant comme acquisition faite par

elle conjointement au défunt M . François André Bouché de Gironcourt son

premier mari de MM. Joseph François Valdruche docteur en médecine, François

Louis Valdruche de Brossard, prêtre et Dame Collot veuve de M. Arnould

Valdruche de Bonneval, demeurant à Joinville aux termes d’un acte de vente reçu

Dosne son notaire audit lieu le 14 juin 1768 dument enregistré que comme

héritière défunte Julie Bouché de Gironcourt sa fille.

vente du 10 août 1838 à

Pionnier et Rolland :

Une maison située à Joinville rue des Royaux composée au

rez-de-chaussée de plusieurs chambres, cabinets, cuisine, office et bûcherie,

petite cave dessous la cuisine et l’office, le tout précédé d’une grande d’une

grande cour prenant son entrée sur ladite rue, dans laquelle il existe un

puits, plusieurs greniers régnant au dessus de tous les appartements, cellier

en forme de remise sous l’aile gauche des bâtiments, cour en dépendant faisant

suite à un passage dépendant de la maison du Sr Bertrand et prenant son entrée

sur le rue de l’auditoire par lequel passage les acquéreurs auront le droit

d’arriver à pieds à cheval et en voiture, grange, écurie grenier au-dessus

hallier et poulailler

Extrait de la vente du 26 avril 1849 de Sallès à Jules Harmand

Une maison sise à Joinville a l’angle de la rue de

l’égalité (ci-devant des Royaux) et de la ruelle de l’auditoire

Un corps de logis avec ailes au midi et au nord, cour devant dans

laquelle existe un puits, une pompe et accessoires, pierre à eau – porte

cochère donnant sur la rue de l’égalité au couchant,

Ce corps de logis comprend au rez-de-chaussée et au midi,

une cuisine, office cabinet, bûcher, salle à manger ensuite au nord grande

salle avec cheminée en marbre ayant une porte à deux battants sur la cour, au

couchant, chambre à coucher, un cabinet et une chambre prenant jour sur la cour

de la prison,

Pallier, escalier deux chambres à coucher, deux cabinets dans l’aile de

bâtiment située au nord, grange et écurie à côté à ce dernier aspect, caves

sous le tout, trois chambres et cabinet au premier étage de cette aile de

maison, grenier sur le bâtiment en face de la porte charretière et sur la cuisine

et les cabinets adjacents, ci-devant désignés

Remise placée au midi de la cuisine, grenier dessus, cave dessous,

chambre au levant de la remise, cellier dessous, grenier dessus, cabinet et

chambre borgne

Cour et grand escalier en pierre, au devant de l’aile du bâtiment du

nord, lieux d’aisance à l’anglaise, chambre à lessive, écurie, poulailler,

grenier sur le tout, ensuite et au levant de ladite cour un passage dépendant

de la maison du sr Bertrand prenant son entrée sur la rue de l’auditoire.

Extrait de la vente à M.

Harmand 28 juin 1849 :

Dans une maison

sise à Joinville à l’angle de la rue de l’égalité ci-devant des Royaux et de la

ruelle de l’Auditoire aujourd’hui composée comme il suit au moyen des réunions

et changements dont il va être rendu compte.

Désignation

Un corps de logis avec ailes au midi et au nord, cour devant, dans

laquelle il existe un puits, une pompe et accessoire pierre à eau porte cochère

donnant sur la rue de l’égalité au couchant, ce corps de logis comprend au

rez-de-chaussée et au midi, une cuisine, office, cabinets, bûcher, salle à

manger, ensuite au nord, grande salle avec cheminée en marbre ayant une porte à

deux battants sur la cour, au couchant la chambre à coucher, un cabinet et une

chambre prenant jour sur la cour de la prison.

Pallier, escalier, deux chambres à coucher, deux cabinets dans l’aile

de bâtiment située au nord, grange et écurie à côté, à ce dernier aspect caves

sous le tout ; trois chambres et cabinet au premier étage de cette aile de

maison ; grenier sur le bâtiment en face de la porte charretière et sur la

cuisine et les cabinets adjacents ci-devant désignés.

Remise placée au midi de la cuisine, grenier, cave dessous, chambre au

levant de la remise, cellier dessous, grenier dessus, cabinet et chambre

borgne,

Cour et grand escalier en pierre, au levant de l’aile du bâtiment du

nord, lieu d’aisances à l’anglaise, chambre à lessive, écurie, poulailler,

grenier sur le tout : ensuite et au levant de ladite cour un passage

dépendant de la maison du Sr Bertrand prenant son entrée sur la rue de

l’auditoire à ladite cour à pied et à cheval et en voiture.

L’acte rappelle aussi l’achat de

la parcelle voisine en 1838

Suivant contract passé devant maître Frégonneau alors notaire à

Joinville qui en a gardé minute le 18 du mois d’août 1838 de M. Louis Terrieu

militaire retraité et de Mme Marie Reine Royer sa femme demeurant ensemble à

Joinville, une place à bâtir sise à Joinville même rue des Royaux et les

matériaux provenant de la maison écroulée qui se trouvaient sur cette place (…) MM Pionnier et Rolland ont fait édifier sur

le terrain acquis de M. Terrieu et sur

celui où se trouvait la portion écroulée de la maison Boilletot les bâtiments

qui forment l’aile gauche dite du nord de la maison actuelle

[1]

Les n° renvoient aux photographies du dossier.

[2]

À Paris, Hôtel de Saint-Fargeau, 29 rue de Sévigné, construit en 1688-1692,

hôtel de Chaulnes, par Hardouin-Mansart en 1676, hôtel Salé en 1656, à Troyes la façade sur jardin de

l’abbaye Saint-Loup (1669-1754). Certaines modifications du collège Gilles de

Trêves de Bar-le-Duc, réalisées au XIXe siècle

(1834) utilisent encore ce type d’élévation (photo 106-110).

[3]

Un plan d’alignement du XVIIIe (non daté et conservé aux AD 52) indique bien le

nom Valdruche pour la parcelle.

[4]

Ces indications ont été données par M. de Montrémy descendant de la famille,

propriétaire du château de Nomécourt .

[5]

Leur fils est Anne Joseph Valdruche né à Joinville le 7 mars 1745, marié le 17

août 1770 à Antoinette Ginot. C’est un

médecin et un homme politique durant la Révolution, député à la Constituante et

à la Convention (il vote la mort du roi). En 1795 il se retira dans son domaine

de Nomécourt près de Joinville. Il meut à Liège le 11 avril 1829.

[6] À

l’intendance de Châlons, l’entrée se faisait uniquement sur le côté. La façade

en fond de cour n’était pourvue que de fenêtres. La porte n’a été créée que par

la suite en supprimant une allège.

[7]

Le même type de lambris est visible au château de Boulot (Haute-Saône), ils

sont datés du troisième quart du XVIIIe siècle (cf. Lambris, Centre de

recherche sur les monuments historiques vol C3 relevés 1966). Photocopie jointe

au dossier.

[8]

Ces armes sont sans doute celles de la famille Le Clerc. Cette famille a pour

membre important Antoine Le Clerc qui fut bailli et maire perpétuel de

Joinville au XVIIe siècle. « d’azur, à un lion d’or armé et lampassé de

gueules, senestré de deux épées d’argent à gardes et poignées d’or, passées en

sautoir les pointes en bas, et accompagné de deux étoiles d’or, l’une en chef,

l’autre en pointe » (Palasi n°626). L’étoile en chef n’est plus visible.

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